7 études de cas en data journalism et visualisation de données

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Beaucoup de veille en ce moment, et peu d’écrit. Voici quand même quelques études de cas à vous faire partager.

Depuis un an que  je piste les exemples de data journalism, je constate que les initiatives françaises sont bien rachitiques et que j’atterris le plus souvent sur des sites anglo-saxons. Avec le nytimes.com, le washingtonpost.com et le guardian.co.uk en pionniers du genre. Les études de cas ci-dessous illustrent assez bien l’état du journalisme de données français par rapport à ce qui se fait aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou même en Espagne.

Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer ce décalage français : un rapport différent aux données, une histoire journalistique divergente, une culture de la transparence publique antagonique, un appareil législatif singulier et surtout des rédactions appauvries tant en moyens financiers qu’en compétences humaines. Je détaillerai ces explications dans un prochain post, en attendant, je vous renvoie à l’article d’Elodie Castelli sur journ@lismes.info « Le Data-journalisme peine à se développer en France » et aux quelques compilations ci-dessous.

Le New York Times : leader américain en matière de data journalism. Ses infographies sont les plus innovantes et les plus esthétiques. Son partenariat avec IBM (logiciel ManyEyes) lui permet de proposer un « visualization lab » interactif et participatif.

Le Guardian : le titre a joué un rôle important dans le mouvement d’ouverture des données publiques au Royaume-Unis avec son manifeste Give us back our crown jewels. Avec son Datablog et son Datastore, il milite activement pour la libération des données, l’appropriation et le partage par le plus grand nombre de ses bases de données. Il réalise régulièrement des visualisations de données très réussies et joue un rôle d’exemplarité en lançant, par exemple, un concours de visualisations l’an dernier.

El Pais : son site dédie une rubrique au journalisme visuel. Au début des années 2000, elle accueillait surtout des infographies traditionnelles, illustratives et non-interactives. Désormais, cette section accueille de très belles visualisations, qui racontent des histoires.

En France, les initiatives en matière de journalisme de données proviennent surtout des pure-players : Mediapart et Rue 89 ont lancé des cartes participatives ; LePost.fr mène l’expérimentation un peu plus loin avec un traitement « data journalist » du cumul des mandats (cela fera sans doute l’objet d’un prochain post sur ce blog).

Un petit mot sur Gapminder. Ce n’est pas vraiment du data journalism, puisqu’il n’y a pas d’éditorialisation ni de volonté de couvrir l’actualité, même si le site met en avant certaines comparaisons de données. Gapminder reste pour autant un site très puissant de visualisation de données mondiales, ludique et didactique.

ManyEyes et Socrata : ces plateformes sociales de manipulation de données fournissent à tous un outil, un espace de stockage et un réseau pour y mettre en valeur bases de données et visualisations. Pas d’éditorialisation, uniquement du crowdsourcing, et une démarche d’ouverture et de partage. Le Sarkomètre du Nouvel Obs a été réalisé et hébergé sur Socrata. Ces plateformes ne sont donc pas si éloignées du journalisme de données qu’elles pourraient le laisser penser à première vue.

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16 Responses to “7 études de cas en data journalism et visualisation de données”


  1. 1 Sandrine Muller 21 février 2010 à 11:51

    Bonsoir,

    Également en veille sur le sujet, je confirme le retard français.

    Tout à fait d’accord sur les attentes : il n’y a qu’à vérifier les PR des pages proposant ce type d’objets pour s’en convaincre et la prolifération d’utilisation pertinente et innovante à partir de l’API GoogleMaps.

    La question dépasse le seul journalisme. C’est une absence de culture en France à l’édition (mise en forme) web qui est en cause. Il n’existe pas ici de métiers équivalents au « web content editor, manager, » etc. Mieux, un « éditeur » dans le web est un CMS, soit un logiciel (pour cause aussi de traduction où « publisher » est devenu « éditeur » en français). A quoi s’ajoute l’homme providentiel multimédia qui fait tout, idée communément admise de la part de ceux qui n’ont jamais touché une ligne de code, entre autres !

    Si l’absence d’un modèle économique permettant ce type de production s’explique pour le journalisme, je me demande parfois si, pour certains, ce retour aux faits et à l’explication n’éclaire pas un peu trop…

    Ravie par votre travail 🙂

  2. 2 Marc Mentré 22 février 2010 à 5:00

    Vos études sur les différents journaux sont très intéressantes. Je voudrais prolonger un peu sur la presse française et son étonnante absence dans le domaine de l’infographie interactive.
    La dimension financière me semble essentielle: les sites français de presse à de quelques rares exceptions près (lefigaro.fr, lemonde.fr) sont minuscules et emploient une poignée de journalistes. Il n’y a pas de place pour des spécialistes de l’infographie interactive (développeur/graphiste/etc.).
    Mais c’est aussi une question d’attitude et d’organisation: renseigner une Google Map (ou un Zeemap, dans le cas de rue89, que vous citez dans votre PPT) ne coûte qu’un peu de sueur intellectuelle, mais encore faut-il que l’organisation de la rédaction intègre la possibilité de fabriquer ce type d’infographie, et que la rédaction en chef en voit l’intérêt. Or, en France nous n’avons pas la même tradition graphique que dans certains pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne mais aussi l’Espagne. L’infographie interactive est dans ces pays le prolongement « naturel » de ce qui faisait/fait sur le papier.
    À cette première dimension culturelle. En France, pour décrire, nous préférons écrire plutôt que montrer.

  3. 3 Nicolas Cynober 22 février 2010 à 9:40

    Encore un très bon article !

    @Sandrine
    Je t’invite à découvrir pearltrees, la première communauté des éditeurs du web (créant la première organisation humaine du web): http://www.pearltrees.com

  4. 4 teymour 22 février 2010 à 10:57

    Je crois que vous avez oublié les deux enquêtes de datajournalisme réalisée par le collectif Regards Citoyens :
    – L’une porte sur le redécoupage électoral : en géolocalisant les bureaux de votes et associant les résultats électoraux des législatives de 2002 et 2007, ils ont réussi à étudier l’impact politique du nouveau redécoupage : http://www.regardscitoyens.org/redecoupage/
    – L’autre porte sur les sanctions financières des députés. Ils ont publié pour la première fois en france le nombre de députés sanctionnés pour des absences répétée et étudier l’incidence du nouveau règlement sur les présences à l’assemblée nationale : http://www.nosdeputes.fr/confiseurs/index.php

    Ces deux études ont été reprises par un certains nombres de média dont lexpress.fr, médiapart ou RMC.

    • 5 carolinegoulard 22 février 2010 à 11:08

      @teymour
      Merci pour cet ajout
      Regrettable oubli en effet.
      Je ne classerais pas regardscitoyens.org dans les initiatives médiatiques, mais plutôt dans les initiatives citoyennes.
      Ca n’empêche pas ce collectif de réaliser un remarquable travail de data journalism.

      • 6 teymour 22 février 2010 à 11:18

        @carolinegoulard l’objectif de regardscitoyens est d’utiliser les données publiques pour alimenter le débat politique. Ils inscrivent donc leurs initiatives dans le champ médiatique.

        Leurs initiatives ne sont pas produites par des journalistique encartés, je suis d’accord avec vous. Il s’agit d’une coproduction citoyens/journalistes.

        Mais les travaux de LePost (sur le cumul) ou celle de Jean marc Manach (sur la vidéo surveillance) sont également des coproduction journaliste/citoyens. Jean-marc a même affirmé dans lors de l’Open Data Camp que c’était le moyen le plus efficace pour les journalistes de sortir ce type d’enquête de journalisme de données.

      • 7 carolinegoulard 22 février 2010 à 11:35

        @teymour
        Entièrement d’accord avec vous.
        Ce n’est vraiment pas moi qui militerait pour une nette définition de ce qui relève du journalisme ou de ce qui n’en est pas. Le journalisme, c’est le professionnalisme du flou (pour reprendre l’expression de Denis Ruellan). Et rien à voir avec la carte de presse.

        Toute tentative de classification de ces démarches n’a finalement aucune consistance, sauf celle de me permettre de publier hier un billet sur médias français/médias étrangers parce que j’avais ça de prêt en stock, et de garder les démarches labellisées « citoyennes » pour un prochain post 🙂
        Rien que de très pragmatique

  5. 8 Christophe Deschamps 22 février 2010 à 11:19

    N’oubliez pas le dernier service entré dans la course (et pas le moindre), Tableau Software Public que j’ai présenté la semaine dernière : http://bit.ly/blFpTY

  6. 9 Julien Palier 1 mars 2010 à 5:38

    Bonjour,

    Félicitation pour ce travail très intéressant… dommage que ce ne soit pas en anglais, cela aurait un impact encore plus grand et l’étude serait relayée d’autant plus 😉

    Bonne continuation!

    Julien

  7. 10 easyb 12 mai 2010 à 11:02

    bravo et merci pour ces infos. je connaissais les data store du Guardian et du NYtimes mais pas celui de El Pais. Et j’ai totalement découvert les sites permettant la création de graphs comme Socrata ou many eyes…
    A bientôt,
    BG


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